Charles, du lycée général et technologique Baudimont au cockpit d'un Airbus A320

Charles, du lycée général et technologique Baudimont au cockpit d'un Airbus A320

Il s’appelle Charles Dehaine-Fournier, il a 23 ans et il est pilote de ligne chez Brussels Airlines, basé à Bruxelles, en Belgique.

Originaire d’Arras, il a obtenu en 2021 son baccalauréat général au lycée Baudimont, avec les spécialités Mathématiques, Physique-Chimie et Sciences de l’ingénieur. En 2022, il a rejoint l’école de pilotage d’Airbus afin de se former au métier de pilote. Après la fin de sa formation, il a été embauché par Brussels Airlines en novembre 2024 en tant que copilote sur Airbus A320.

Charles Dehaine-Fournier a bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses.

En quoi consiste votre métier ?

Le métier de pilote de ligne est un métier passionnant et varié. La mission d’un pilote est d’emmener ses passagers d’un point A à un point B, tout en assurant leur sécurité absolue. Dans notre quotidien, cela commence par le pilotage : emmener l’avion jusqu’à la piste, décoller, naviguer. Nous approchons de la descente : il faut désormais préparer l’approche, l’exécuter puis atterrir.

Ensuite, il y a tout l’aspect technique : vérifier les systèmes, les paramètres, agir en cas de panne. Il faut connaître la machine sur le bout des doigts. Pour cela, nous disposons de multiples procédures à connaître ou consultables dans nos manuels. Si un problème survient, nous devons nous y référer. Bien sûr, la théorie est bien différente de la pratique, et tous les scénarios possibles et imaginables ne sont pas écrits. C’est pour cela qu’il faut être capable de raisonner et de prendre des décisions, le tout dans un laps de temps très limité.

Quelles sont les qualités requises pour exercer ce métier ?

Il y a de nombreuses qualités requises pour exercer ce métier. Si je devais évoquer les principales, elles seraient pour moi l’humilité, la résilience et l’adaptabilité.

L’humilité : il est impossible pour un pilote de ligne de tout connaître par cœur. Le domaine est trop vaste et les procédures changent pratiquement toutes les semaines. Il faut donc être ouvert à l’apprentissage tout au long de sa carrière, écouter et apprendre de l’expérience des autres, et savoir se remettre en question.

La résilience : tout peut arriver à bord. Il faut être prêt à faire face à l’imprévu. Quoi qu’il arrive, un pilote fera tout ce qu’il peut pour mener à bien la mission et maintenir un niveau de sécurité maximal.

Enfin, l’adaptabilité, et ce pour deux raisons : la première est que, chaque jour, nous volons avec un équipage différent, que nous ne connaissons pas. Chaque être humain est différent et il faut savoir travailler avec tous les profils. La deuxième raison est qu’au-delà de la routine, chaque vol est différent. La météo change, le contexte change, les facteurs extérieurs changent. Ce n’est jamais la même chose. Et c’est l’un des points forts de ce métier : on ne s’ennuie jamais.

Qu'est-ce qui vous plait le plus dans ce métier ?

Pour continuer mon propos précédent, la variété est ce qui me plaît le plus dans ce métier. Le lundi, je peux partir pour une mission de trois jours, c’est-à-dire enchaîner trois jours de vols avec, à chaque fois, une escale à l’étranger le soir.

Un exemple : départ le lundi pour un aller-retour à Berlin, puis vol vers Copenhague, où l’on passera la nuit. Le mardi, retour à Bruxelles, puis cap sur Venise. Enfin, le mercredi, retour à Bruxelles. Nous visitons le monde entier.

Quel est le plus gros challenge que vous rencontrez dans ce métier ?

Le principal défi dans le métier de pilote est, selon moi, la gestion de la fatigue. Les horaires sont décalés : je peux me lever à 3h du matin pour un décollage à 6h, comme je peux très bien partir au travail à 15h et rentrer chez moi à 3h du matin.

Il faut savoir gérer son repos et, à vrai dire, après un an et demi, c’est toujours compliqué ! Mais une fois dans l’avion, le rêve nous rattrape. Quelle opportunité incroyable de voir le lever du soleil à 10 000 mètres d’altitude !

Pourquoi avoir choisi cette voie ? Quel a été votre parcours pour exercer à ce poste aujourd'hui ?

Faire ce métier est pour moi un rêve d’enfant, que je n’ai jamais su expliquer. Personne dans ma famille ne travaille dans l’aviation, mais je sais depuis petit que je suis né pour ça. Voir des humains piloter des machines de 60 tonnes (voire plus pour les long-courriers) à l’aide de leurs petites mains, c’est fascinant. Et puis, il y a tout l’aspect technique et physique derrière cela : comment un avion de cette taille vole-t-il ? Je m’y suis donc toujours intéressé.

Après mon parcours à Baudimont, j’ai choisi d’intégrer une école d’ingénieur aéronautique et spatial, l’IPSA Toulouse. J’avais toujours ce rêve en tête, mais c’était encore la période incertaine du COVID et il me manquait un sérieux sésame : ma visite médicale pour être pilote.

Lorsque j’ai obtenu ma visite médicale, j’ai décidé de quitter mon école d’ingénieur pour intégrer l’école de pilotage. C’était un pari, certes, mais que je ne regrette en rien. J’ai intégré en avril 2022 l’école et j’ai ainsi débuté la formation d’environ deux ans.

Nous commençons fort : premières heures théoriques et, un mois après, pilotage. Après 17 heures de vol, le lâcher solo, c’est-à-dire le premier vol que je vais faire seul aux commandes d’un petit avion. Quelle sensation ! Je m’en souviendrai toute ma vie.

Puis viennent les neuf mois de formation théorique, avec, tous les trois mois, des examens à passer devant l’autorité française de l’aviation. Une fois le diplôme théorique validé, nous continuons la pratique avec les vols à vue (c’est-à-dire naviguer à l’aide de repères extérieurs, comme un village, une rivière, une route, etc.).

Nous entrons ensuite dans la phase de vol aux instruments, où l’on apprend à voler sans visibilité (dans les nuages, concrètement). Ensuite, on passe sur un nouvel avion, plus gros, plus puissant, avec deux moteurs cette fois-ci. Enfin, viennent les examens pratiques en vol pour valider ma licence de pilote.

Une fois la licence en main, j’ai dû postuler en compagnie aérienne, ce qui n’est pas simple quand on est un jeune diplômé fraîchement sorti de formation. Il faut donc travailler sans relâche jusqu’à trouver sa place dans un cockpit.

Pourquoi avoir suivi une formation à Baudimont ?

Quand j’étais adolescent, je me souviens avoir toujours voulu poursuivre ma scolarité à Baudimont. La diversité des domaines d’enseignement, les installations, les moyens pédagogiques… Tout est fait pour que chaque lycéen se sente bien et réussisse.

Lorsque l’on est adolescent, on ne s’en rend pas toujours compte. Mais une fois dans la vie active, c’est là que tout cela prend son importance. Les méthodes d’enseignement et d’accompagnement font que la suite après le baccalauréat se fait naturellement et sans encombre, car nous y sommes préparés.

Aujourd’hui, je garde un très bon souvenir de mes années lycée et je ne suis que reconnaissant envers mes anciens professeurs et membres du personnel pour m’avoir transmis les connaissances et le raisonnement nécessaires pour réaliser mon rêve.

Si vous aviez un conseil à donner aux futurs diplômés, quel serait-il ?

Le conseil, à mes yeux fondamental, pour réussir est la motivation. Le plus dur, pour certains, est de trouver un environnement qui les passionne. Renseignez-vous, découvrez le monde, soyez curieux.

Il y a forcément un domaine professionnel qui est passionnant pour vous. Le monde du travail est tellement vaste qu’il existe une voie qui vous correspond et un métier qui vous attend, j’en suis certain. Même si cela semble inaccessible.

Si vous trouvez cette motivation, alors vous réussirez. Non pas sans obstacles, car sinon la vie serait trop facile. Mais vous donnerez tout pour y arriver. La motivation est un levier puissant qui vous permettra d’avancer et de vous dépasser.

(Merci à Brussels Airlines d'avoir permis à Charles de témoigner)

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